notes bibliographiques, il fera longtemps clair ce soir



Anna de Noailles

Anna de Noailles d’origine gréco-roumaine, Anna de Noailles est née à Paris, où elle vécut de 1876 jusqu’à sa mort, en 1933. À partir de son premier recueil, Le Coeur innombrable (1901), fut la seule femme poète de son temps à recevoir les plus hautes distinctions publiques. En dépit de l’oubli partiel auquel elle fut soumise après sa mort, des jugements critiques ultérieurs confirment que cette reconnaissance était méritée. Reflétant la situation de Noailles entre romantisme et modernisme, un écart entre forme et contenu caractérise sa poésie où des concepts et des images dynamiques s’efforcent de dissoudre une structure qui reste largement classique.

L'ouvrage empreinte le titre d'un des poème d'Anna de Noailles Il fera longtemps clair ce soir issu de Le Coeur innombrable (1901).

Il fera longtemps clair ce soir

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent, La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit, Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit, Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent... Les marronniers, sur l'air plein d'or et de lourdeur, Répandent leurs parfums et semblent les étendre ; On n'ose pas marcher ni remuer l'air tendre De peur de déranger le sommeil des odeurs. De lointains roulements arrivent de la ville... La poussière, qu'un peu de brise soulevait, Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt, Redescend doucement sur les chemins tranquilles. Nous avons tous les jours l'habitude de voir Cette route si simple et si souvent suivie, Et pourtant quelque chose est changé dans la vie, Nous n'aurons plus jamais notre âme de ce soir...

Sources

https://www.annadenoailles.org



Le parc des Guilands

De son sol troué, le terrain vague a tout donné. Avant son aménagement en 2004, le point culminant de la

Seine-Saint-Denis accrochait à ses courbures un quartier de petites maisons délabrées et deux stades entourés

d’espaces verts en partie insalubres qui descendaient jusqu’à la ville. Les projets pour ce site noircissent les

pages des comptes rendus de réunions de la mairie. Un parc d'attraction, des pistes de ski artificielles… les

idées, synthétisées dans des « mémoires au préfet » tapés à la machine, sont abandonnées année après

année, laissant la zone semi sauvage durant un demi siècle.

Durant cette période, les périmètres Jean Moulin et Les Guilands qui se font face le long de l’autoroute A3

culminent à 108 mètres. L’un, sur la partie Nord à Bagnolet, aménagé pour le public dès les années soixante-

dix, l’autre au Sud, à Montreuil, qui réunit un îlot impraticable, une décharge, une enclave foraine et une grande

friche.

En 2001, quand Michel Pena présente son projet de réhabilitation, l’endroit est déjà très fréquenté par les

riverains. Il présente les symptômes de la « schizophrénie urbaine » mais aussi « une topographie exceptionnelle » selon l’urbaniste qui détaille : « Une ligne de crête domine la vallée de la Seine et Paris. Bien que celle-ci ne fût pas très indentifiable sur le terrain de l’époque, du fait même de son hétérogénéité, nous avons voulu en tirer parti. Et il fallait un dialogue entre les lieux, qui rende cohérentes les situations. L’accumulation d’entités hasardeuses aux usages hétéroclites – des ruines, des parterres pollués, d’autres qui s’effondrent – a guidé le projet. » Le mot clé sera « polarisation ». A cheval sur deux communes, coupé par la rue de la Capsulerie, la promenade devra rester « bipolaire ». Le territoire longtemps interdit de l’ancienne carrière sera introverti.


Au bord de l‘étang et de sa végétation hirsute, il devient le jardin secret qui parle de graminées, de joncs, de nénuphars et d’intimité, tandis qu’on trouvera sur les hauteurs du parc, le contrepoint extraverti de cet univers du sentiment : la pelouse qui étend sa grande traverse. « De cet immense balcon de six-cent mètres, le point de vue – du Sud de Paris, le rocher et le château de Vincennes jusqu’aux mercuriales

au Nord de la capitale –, c’est la plage, on se montre, on bronze, on fait du sport. C’est l’étendue du corps. Les parcs, c’est ça, rassembler aussi bien des sentiments que des réalités physiques. »

Magali Aubert.